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Amulette @ Mondomix

Amulette

Amulette

A l’instar de la saudade portugaise, du duende espagnol ou de l’asouf des Touaregs, le sevdah balkanique est un mot qui désigne différentes formes de la mélancolie, particulièrement celles liées au sentiment amoureux. Comme eux, il désigne également un genre musical poignant dont la chanteuse de Sarajevo Amira Medunjaninest la plus belle ambassadrice, digne héritière de la regrettée Ljiljana ButtlerAmira commença par en livrer une approche traditionnelle, avec le Mostar Sevdah Reunion, puis l’a amené vers des rives plus contemporaines aux côtés de l’accordéoniste Merima Kljuco, sur Zumra, en 2010. La voici cette fois dans une configuration encore plus audacieuse, avec un quatuor jazz emmené par l’éminent pianiste serbe Bojan Z.

Le répertoire puise dans les chansons traditionnelles bosniennes, serbes, macédoniennes et kosovares, et conte des amours foudroyants, déçus, trahis, non partagés, virant à la haine. Les musiciens en livrent des déclinaisons sobres et pudiques, magnifiques toiles en clair obscur sur lesquelles la voix d’Amira peut imprimer toutes les nuances du désenchantement. Bojan Z en prolonge les échos par des coulée de piano jamais ostentatoires, toujours justes, auxquelles répondent sur deux titres les traits de guitare fulgurants et tout aussi pertinents de Vlatko Stefanovski. La plupart des morceaux esquissent des paysages de neige sur lesquels brille un soleil à demi voilé, particulièrement la ballade tragiqueJano Mori et le fantomatique Kad Puhnuše Sabahzorski Vjetrovi, nimbé dans un brouillard à couper au couteau. Le primesautier et enlevé Omer Beže fait figure d’exception, comme une auberge chauffée après la traversée de terres glacées, avant que le final Marijo Deli Bela Kumrijo ne restitue au fil de ses paliers une sourde tension. Un disque d’une épure remarquable, qui se dispense d’effets pour ne pas trahir la finesse d’une émotion d’un noir et blanc somptueux.

Bertrand Bouard